L'opposition à l'Angsoc

Bien qu’il contrôle sévèrement la pensée ainsi que les faits et gestes des individus des individus le parti a compris qu’une société sans opposant n’était, pour lui, qu’une utopie.

En Océania, toute l’opposition à l’Angsoc est incarnée par un homme : Emmanuel Goldstein. “C’était un mince visage de Juif, largement auréolé de cheveux blancs vaporeux, qui portait une barbiche en forme de bouc, un visage intelligent et pourtant méprisable par quelque chose qui lui était propre, avec une sorte de sottise sénile dans le long nez mince sur lequel, près de l’extrémité, était perchée une paire de lunettes. D’après la description faite par Winston lors des “deux minutes de la haine”.


Ainsi, “Il était le traître fondamental, le premier profanateur de la pureté du Parti”. Tous les crimes subséquents contre le Parti, trahisons, actes de sabotage, hérésies, déviations, jaillissaient directement de son enseignement. Quelque part, on ne savait où, il vivait encore et ourdissait des conspirations. Peut-être au-delà des mers, sous la protection des maîtres étrangers qui le payaient. Peut-être, comme on le murmurait parfois, dans l’Océania même, en quelque lieu secret.

Emmanuel Goldstein dans le téléfilm 1984 de Michael Radford

D’après des rumeurs Goldstein serait à la tête d’une grande armée ténébreuse, un réseau clandestin de conspirateurs qui se consacreraient à la chute de l’État ; armée plus connue sous le nom de “La fraternité”. Il serait aussi l’auteur d’un livre,”un livre terrible”, résumé de toutes les hérésies, et qui circulerait clandestinement çà et là. Si les gens s’y référait ce livre n’avait pas de titre, c’était “le livre”. Plus tard dans le récit nous apprenons que “le livre” est en quelque sorte le “manifeste de l’opposition à l’Angsoc” intitulé réellement THEORIE ET PRATIQUE DU COLLECTIVISME OLIGARCHIQUE.

Tout en incarnant l’opposition Emmanuel Goldstein incarne aussi la haine de tout un peuple. ” Emmanuel Goldstein”, l’Ennemi du Peuple, avait jailli sur l’écran. Il y eut des coups de sifflet çà et là dans l’assistance. La petite femme rousse jeta un cri de frayeur et de dégoût. Goldstein était le renégat et le traitre. Il y avait longtemps (combien de temps, personne ne le savait exactement), il avait été l’un des meneurs du Parti presque au même titre que Big Brother lui même. Il s’était engagé dans une activité contre-révolutionnaire, avait été condamné à mort, s’était mystérieusement échappé et avait disparu. Le programme des “Deux Minutes de la Haine” variait d’un jour à l’autre, mais il n’y en avait pas dans lequel Goldstein ne fût pas la principale figure.”

Etant donné que l’Angsoc est un régime totalitaire, la répression exercée sur les opposants est des plus fermes. Cependant l’Angsoc va plus loin dans la répression : au-delà de la répression le parti devance l’opposition. En effet, nous apprenons que le dénommé Emmanuel Goldstein est en réalité une invention de la police de la pensée tout comme “le livre” rédigé par le ministère de l’amour. Or Goldstein incarne à lui seul toute l’opposition au parti, Ainsi la police de la pensée recrute elle-même tous les opposants et peut donc les arrêter aisément, toute opposition sérieuse au régime est donc impossible.

Au fil du récit il apparaît clairement que Winston cherche à s’engager dans “La fraternité”. Il parvient à entrer en contact avec un membre du parti intérieur nommé O’Brien qui lui permet d’arriver à ses fins et lui procure “le livre”. O’Brien salue Winston en lui disant ” Nous nous rencontrerons là où il n’y a pas de ténèbres.”


Nous apprenons qu’O’Brien est en réalité un membre de la police de la pensée qui reverra Winston dans une salle blanche fortement éclairée (d’où l’expression là où il n’y a pas de ténèbres) en tant que tortionnaire.

Cependant, le parti ne torture pas ses opposants dans le but d’obtenir des renseignements mais de “reconvertir” les opposants à l’idéologie du parti avant de les exécuter. Ainsi les opposants ne meurent pas en héros fiers de leurs actes mais en pensant que le parti est bon pour la société. L’homme est détruit avant d’être tué (vaporisé en réalité). Pour cela le parti est prêt à tout, notamment à employer les techniques de tortures les plus évoluées, dans la salle 101.

“Vous m’avez une fois demandé, dit O’Brien, ce qui se trouvait dans la salle 101. Je vous ai répondu que vous le saviez déjà. Tout le monde le sait. Ce qui se trouve dans la salle 101, c’est la pire chose qui soit au monde.”

La salle 101 est indescriptible de façon précise car sa disposition change pour chaque individu. En effet, la pire chose qui soit au monde change pour chaque individu d’après O’Brien “C’est tantôt être enterré vivant, tantôt brûlé vif, tantôt encore être noyé ou empalé, et il y en a une cinquantaine d’autres qui entraînent la mort. Mais il y a des cas où c’est quelque chose de tout à fait ordinaire, qui ne comporte même pas d’issue fatale.” Dans le cas de Winston il s’agit des rats, ayant tout d’abord tenter de lutter il s’effondre tout d’un coup en criant “Faites-le à Julia! Faites-le à Julia! Pas à moi! Julia! Ce que vous lui faites m’est égal. Déchirez-lui le visage. Épluchez-la jusqu’aux os. Pas moi! Julia! Pas moi!”. Le parti avait atteint son but, il avait détruit Winston.


De plus, les opposants ne sont pas simplement exécutés, ils sont vaporisés c’est a dire qu’ils disparaissent complètement de la surface de la terre et toutes les preuves de leur existence sont détruites. L’opposant n’a jamais existé

Le parti contrôle donc jusqu’à sa propre opposition et les individus “normaux” ne savent pas qu’en dehors de “la fraternité” il existe des opposants au régime. Ils ne pensent même pas qu’il soit possible de s’opposer au régime, l’Angsoc pousse le contrôle total de l’individu à son paroxysme.

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